Marivaux, Le jeu de l'amour et du hasard

 

Le Jeu de l'Amour et du Hasard de MARIVAUX

 

1 / Qui est l'auteur ?

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux est né le 4 février 1688 à Paris. Avec un père fonctionnaire d'abord dans l'administration de la Marine puis directeur de l'hôtel des Monnaies à Riom, il étudie au collège de Oratoriens de Riom avant d'aller à la faculté de Droit à Paris. Il grandit sous le règne de Louis XIV et devient adulte sous la Régence. Il embrasse sa carière d'écrivain avec Les Effets surprenants de la sympathie en 1713, mais ne connaît le succès que 9 ans plus tard avec La Surprise de l'amour. S'en suivront des oeuvres comme La Double Inconstance en 1723, Le Jeu de l'Amour et du Hasard en 1730, ou L'Ecole des Mères en 1732. Il mène de front une triple carrière de journaliste, de romancier et de dramartuge avec des « comédies de sentiment ». Il meurt le 12 février à Paris.

 

2 / Quelle est l'oeuvre ?

Le Jeu de l'Amour et du Hasard est une pièce de théâtre de registre comique, pathétique et satirique. Elle se structure en 3 actes sous forme de dialogue en prose. Elle réunit 6 personnages principaux :

  • Monsieur Orgon est le père de Silvia, il incarne l'autorité mais n'est pas autoritaire vis à vis de sa fille. Soucieux de l'avenir et du bonheur de sa fille, il est auteur, metteur en scène et spectateur du « jeu » qui se déroule sous ses yeux.

  • Mario est le frère de Silvia, complice de son père et joue les entremetteurs.

  • Silvia est une femme inquiète et a des valeurs très marquées. Elle ne veut pas être soumise au premier homme qui lui est donné d'épouser et veut un mariage d'amour. Elle a aussi beaucoup d'amour-propre.

  • Dorante est le prétendant. Il est un homme inquiet, mais galant et honnête envers lui même. Il veut lui aussi un mariage d'amour, mais se retrouve à combattre la Raison en tombant amoureux d'une femme de chambre.

  • Lisette est la femme de chambre de Silvia. Elle est honnête et ne se laisse pas faire. Elle reste une servante loyale et distinguée.

  • Arlequin, valet de Dorante, est balourd, naïf, brute mais arriviste. Fidèle au personnage typique du Arlequin populaire, il entrevoit une éventualité de se sortir de sa condition en épousant la soit-disante fille de Monsieur Orgon.

Résumé : Silvia s'inquiète du mariage arrangé que son père a projeté pour elle avec Dorante. Afin de mieux connaître son « futur » qu'elle n'a jamais vu, elle obtient de son père l'autorisation d'échanger son habit et son rôle avec ceux de Lisette. De son côté, Dorante a eu la même idée avec son valet Arlequin. Se dessine alors une double intrigue amoureuse sous l'oeil amusé de Monsieur Orgon et de son fils complice Mario. Silvia s'étonne de trouver tant de courtoisie chez un domestique. Arlequin, sous l'habot de son maître, séduit Lisette qui se réjouit d'épouser un homme qu'elle croit fortement au-dessus de sa condition. Mais les masques finiront par tomber, et l'amour triomphera.

Cette pièce traite du thème du détour, du hasard, de la stratégie dans le domaine des sentiments. Les passages les plus caractéristiques de ces thèmes sont la scène 2 de l'acte I où Silvia élabore une stratégie pour observer Dorante, la scène 3 de l'acte I où l'on apprend que le hasard a voulu que Dorante eut la même idée que Silvia, et la scène 4 de l'acte III où Silvia, ayant conscience de la véritable identité de Dorante, pousse son stratagème encore plus loin pour arriver à ses fins.

 

3 / Quel est le thème ?

Le thème du hasard apparaît avec le personnage de Monsieur Orgon : c'est lui qui nous apprend que le stratagème de Silvia est le même que celui de Dorante. Il dévoile la personnalité des deux « promis » et confirme leur compatibilité. Le thème du détour se met en place lors des échanges de rôles entre serviteurs et maîtres : chacun n'est plus soi et emprunte un « univers » parallèle pour mieux s'observer, de peur de devoir affronter en face la déception. Le thème de la stratégie apparaît bien sûr lorsque Silvia explique à son père de quelle manière va-t-elle s'y prendre pour observer Dorante.

Plus que le hasard, le détour et la stratégie occupe une grande place dans l'oeuvre. En effet, la startégie des deux camps n'a été déclenchée que par le plus simple des hasards, mais le hasard n'intervient plus dans la suite de l'oeuvre. Le détour est omniprésent de la scène 4 de l'acte I à la scène 8 de l'acte III, le temps de l'échange des rôles.

Le détour dans l'oeuvre occasionne beaucoup de souffrance, notemment de la part de Dorante qui subit les refus de Silvia alors sous le costume de Lisette ( acte II scène 9 et 12 ) ou la rivalité de Mario ( acte III scène 2 ). Mais il permet d'apprendre à Silvia la véritable personnalité de son « futur ».

Dans la perspective du thème, l'oeuvre ferait référence à l'usage du masque et du discours pour obtenir des informations. Le détour se fait sous l'échange des rôles et la remise en question de soi. Personne n'est honnête envers les autres, mais cherche des réponses pour l'être envers soi-même : dois-je écouter mon coeur ou ma raison ?

Quelques citations caractéristiques :

« Il faudra bien qu'ils se parlent sous ce déguisement, voyons si leur coeur ne les avertirait pas de ce qu'ils valent » Mario, acte I, scène 3.

« Que le sort est bizarre ! Aucun des deux hommes n'est à sa place. » Silvia, acte I, scène 7.

« Vous avez consenti au déguisement de Mademoiselle Silvia, moi-même je l'ai trouvé sans conséquence, mais je me suis trompée. » Lisette, acte II, scène I.

« Ah que j'ai le coeur serré ! Je ne sais ce qui se mêle à l'embarras où je me trouve, [...] je ne suis contente de personne, je ne le suis pas de moi-même. » Silvia, acte II, scène 12.

« Il pense qu'il chagrinera son père en m'épousant [...] mais il faudra que j'arrache ma victoire, et non pas qu'il me la donne : je veux un combat entre l'amour et la raison. » Silvia, acte III, scène 4.

 

4 / Qu'en penser ?

Cette oeuvre est amusante dans le sens où le détour est sous forme de jeu hasardeux et amoureux : le lecteur est complice de l'histoire et est emporté par l'envie de savoir le fin mot de l'histoire : Dorante et Silvia vont-ils se plaire ? Les barrières sociales vont-elles éclatées ? L'amour aura-t-il foi de la Raison ? L'intrigue de la pièce repose principalement sur ça. Il s'agit d'un jeu entre l'auteur et le spectateur qui connaissent les coulisses de l'histoire et en savent plus que les acteurs-même. Seule l'issue nous poussent à suivre l'histoire jusqu'à son terme.

 

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